Le blog des mamans séparées

Analyse du film « À plein temps » : La course effrénée d’une mère au bord de l’implosion

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Dans À plein temps, sorti en 2021, Éric Gravel dépeint le quotidien d’une mère débordée, prise dans une sempiternelle course contre la montre. Interprétée par la grandiose Laure Calamy, Julie est une maman ayant fait le choix d’élever seule ses enfants. À la campagne, loin du bruit et de l’agitation parisienne, tout en continuant à travailler quotidiennement dans la capitale en tant que femme de chambre d’un palais. Au risque de totalement s’oublier en route…

À plein temps : chronique du combat quotidien de millions de femmes

Les retards, le tumulte, l’épuisement… telles sont les conséquences du choix de vie de Julie, qui a fait du cadre de vie de ses enfants une priorité. Éric Gravel met en scène une histoire banale comme il en existe des milliers. Dans cette chronique sociale prenant la forme d’un thriller, le réalisateur met tout en œuvre pour que la compassion opère. Ce tableau de vie questionne, force l’admiration, épuise par procuration.

Un cinéma-constat 

Comment cette femme tient-elle encore debout ? Où puise-t-elle la force de répondre aux incessants « maman ? » de ses deux enfants ? Et tout simplement, de courir partout ? Autant ? Le cinéma d’Éric Gravel, loin des caricatures, s’imprègne de la vie, la vraie. Les galères quotidiennes sont vécues en temps réel : le réalisateur tend à montrer une femme forte et fragile à la fois, qui se bat, se débat.

Le quotidien de Julie, c’est celui de millions de femmes. Selon l’INSEE, 25 % des familles étaient monoparentales en 2020 en France. En 2022, dans les Hauts-de-France, 85 % de celles-ci sont composées de femmes qui vivent seules avec leurs enfants mineurs… Des héroïnes invisibles dont on parle encore trop peu. 

Une charge mentale décuplée 

Tout le monde peut s’identifier à cette héroïne : être adulte, et parent particulièrement, est souvent difficile. Être une mère qui élève ses enfants seule l’est d’autant plus. Éric Gravel rappelle à quel point ces femmes sont oubliées, peu soutenues dans leur quotidien chaotique. Entre son emploi épuisant à conserver – par sécurité –  et l’emploi rêvé à décrocher, l’argent à compter et les enfants à faire garder… Julie suffoque. Elle porte une charge mentale bien trop lourde pour une femme seule ne disposant de presque aucune aide.

D’un environnement à l’autre 

La vie de Julie est une aventure quotidienne : de la campagne à la capitale, de sa vie personnelle à sa vie professionnelle, en étant toujours tributaire des transports en commun. Elle passe de mouvements robotiques de femme de chambre au coup de fil de la banquière impatiente, des cartons d’anniversaire à acheter pour son fils à l’incessante messagerie de son ex qui tarde à lui verser une pension alimentaire… Tout s’enchaîne trop vite.

Ce long métrage n’est autre qu’une plongée dans le quotidien hyperactif d’une héroïne qui, dès le début, est sur tous les fronts. Julie n’a pas une minute à elle, pas une seconde pour souffler. Son emploi du temps est millimétré, pour ne pas faillir, pour savoir où elle en est, se persuader que tout est sous contrôle. Et dans les rouages d’une vie aussi bien orchestrée, il suffit parfois d’un grain de sable pour que tout s’effondre.

Une société du culte de la performance : un cercle vicieux

Le seul vent d’espoir de Julie, c’est cet entretien pour un boulot qui correspond à ses ambitions les plus profondes. Le problème, c’est que tout son quotidien se voit chamboulé par une grève générale qui éclate, paralysant les transports. D’horaire reporté en horaire annulé, le quotidien de Julie passe vite de fatiguant à éreintant. 

© Haut et Court

Trop en faire, au risque de faire mal

Ce rythme effréné déteint sur ses relations au travail, mais aussi sur sa vie sociale : cette maman ne parvient plus à rentrer le soir, ne trouve plus non plus le temps pour boire un verre avec une amie qu’elle ne voit jamais, qui habite pourtant juste à côté de chez elle.

Peu à peu, Julie met sa vie en péril : elle enchaîne les retards, demande de plus en plus à ses collègues de la remplacer. Ce film pose aussi la question de la difficulté à déléguer : rares sont les gens qui rendent de vrais services sans rien attendre en retour. Du piège de se comparer aussi, de succomber à la concurrence, à la dénonciation des collègues, dans une société de plus en plus individualiste où l’entraide est loin d’être une devise.  

Le matin de trop

En effet, plus les minutes passent, plus le burn-out maternel se rapproche. Les mauvaises nouvelles s’enchaînent : Julie manque de se faire virer, sa nounou lui annonce qu’elle se sent trop vieille pour garder ses enfants. On sent que la mère perd pied en tombant peu à peu dans un cercle vicieux : celui du toujours plus, de la fierté, d’encore moins demander de l’aide parce qu’on lui a trop refusée.

S’ensuivent les larmes au réveil, les oublis de plus en plus récurrents, les réveils manqués, les mauvaises décisions, le sens des priorités qui s’emmêle ou s’inverse… Julie s’oublie, pense à tout le monde sauf à elle-même, sa santé mentale dégringole. Sa vie ne semble être plus qu’une succession de stress, jusqu’au matin de trop, où elle perd son travail. C’est communicatif : l’angoisse monte dans nos corps en même temps que le sien, dans une ascension sonore toujours plus oppressante.

Ce film rappelle qu’il est impossible d’être parfait.e tous les jours. Il met l’accent sur ce piège sociétal tendant à nous faire croire que la réussite ultime consisterait à évincer toute erreur, tout oubli.

S’en demander moins, récolter plus ?  

Dans ce thriller loin des fictions édulcorées et caricaturales où tout serait soit sous contrôle soit dramatisé, l’héroïne transpire d’humanité. Le réalisateur déculpabilise, légitime la fatigue, les doutes, la peur de mal faire. Quelque part, en montrant Julie ne plus rien contrôler, le réalisateur lui rend sa sensibilité, elle qui s’est tant égarée dans un quotidien trop robotique où penser à elle semblait interdit.

Au pied du mur, c’est lors d’un moment enfin vécu au présent avec ses enfants qu’elle reçoit enfin une bonne nouvelle. L’espoir advient souvent quand on ne l’attend plus. Lorsqu’on arrête de se débattre, de se perdre dans une vie qui ne se résumerait plus qu’à ça. À plein temps dépeint à merveille les aléas du quotidien qui ne dépendent pas toujours de nous, de manière juste et percutante. Criant de réalisme.

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