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Analyse du téléfilm « À la folie » : les ravages d’un faux conte de fées

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Le téléfilm À la folie (sorti en 2021, et rediffusé en France début septembre) met en scène Marie Gillain dans le rôle d’Anna, une femme sous l’emprise d’un pervers narcissique (joué par Alexis Michalik). Andréa Bescond et Éric Métayer (duo de réalisateur.ices du puissant film Les Chatouilles) mettent en lumière les rouages d’une relation toxique, avec l’anéantissement et le drame comme seules issues. Une véritable descente aux enfers encore plus complexe et insidieuse qu’elle n’en a l’air. 

Les mots de trop

Cocktail entre amis. Les discussions fusent et les verres se remplissent. Le sourire aux lèvres, en enlaçant Anna, Damien lance : « elle a du caractère, elle se laisse pas faire… c’est pour ça que je l’aime autant. ». Une seconde à peine, et Anna le poignarde. Ce sont les mots de trop.

Interrogatoire. « Pourquoi vous avez fait ça ? – Pour que ça s’arrête. » répond Anna sans réfléchir. Le/la spectateur.ice est encore bien loin d’imaginer tout ce qui se cache derrière ce simple pronom. Car pour le croire, il faut le vivre. Et quotidiennement. Andréa Bescond et Eric Metayer ont fait le choix de jongler entre les interrogatoires et les flashbacks des débuts de cet amour faussement idyllique. S’ensuit une véritable machine à remonter le temps, à laquelle on aurait presque aimé ne pas assister…

Encenser au début, mieux écraser ensuite

Démesure. Des rencards paradisiaques, des déclarations à l’excès. En mettre plein la vue trop tôt, trop vite. C’est trop, et on sait au fond qu’Anna le sait tout de suite. Pourtant – et sans jugement – il est plus léger d’accepter ce qui lui arrive. « Après tout, pourquoi pas moi ? », doit-elle se dire. Anna se laisse séduire, se laissant peu à peu glisser sur la pente de cette progressive descente aux enfers. Peut-être – sûrement – est-elle inconsciemment en quête de vieux rêves inassouvis, de ces faux contes de fées qu’on nous a vendus enfants.

Un conte de fées qu’on ne touche jamais vraiment du doigt… avant de tomber sur un pervers narcissique. Le tout tout de suite, le grandiloquent, tout est servi sur un plateau d’argent. On sait toujours un peu, notre petite voix nous le dit, mais on ne l’écoute pas. Lors du premier rencard, Damien la prévient presque : « tu ferais mieux de fuir tout de suite parce que je n’ai pas fini de t’en sortir, des comme ça ». On voit que cette phrase percute Anna, on sent qu’elle entend, qu’elle tique, même. Puis, qu’elle refoule ensuite. Elle décide de lui laisser sa chance, à ce Damien ensorceleur. Pourquoi ne pas la lui laisser, après tout ?

Le piège commence ici, puisqu’elle se raccrochera sans cesse à ces souvenirs idylliques, quand lui se comportera en véritable bourreau.

Des signes présents depuis le début

Damien la force à faire des choses à son insu, et ce dès le premier rendez-vous. Lors de celui-ci, Anna se retrouve malgré elle… à un enterrement. Étrange comme première approche, non ? Elle qui ne lui avait d’ailleurs pas donné son contact, le soir de leur rencontre. Elle explique à Magali – sa meilleure amie – que Damien est allé récupérer son numéro de téléphone à l’accueil du restaurant. Magali lui répond que, cet enchaînement de messages, « c’est presque du harcèlement ». Tout est déjà presque dit. Pendant l’enterrement, on entend, à la volée, des petites phrases pas si anodines que ça. Par exemple lorsque Damien s’exclame : « J’étais la victime dans cette affaire », et que ses amis et sa famille répondent du tac au tac « comme toujours ! ».

Très vite, il devient intrusif, s’invite chez Anna alors que son fils est là et qu’elle lui explique qu’elle souhaiterait prendre le temps. Il n’écoute pas ses besoins, ne respecte pas les limites qu’elle pose. Damien est à l’aise trop vite. Il juge, critique tout. Au premier repas à trois, lorsque son fils dit qu’il se trouve gros et que sa mère rétorque « ben non, t’es pas gros », Damien soutient – le sourire aux lèvres – que « si, il est gros. ». Il semble toujours savoir mieux que les autres, détenir la vérité absolue en toutes circonstances. Il ne laisse aucune place à la riposte, les interlocuteur.ices restant toujours plus bouche bée.

Déboussoler et ainsi, affaiblir la victime

Damien est toujours plus cruel dans les termes qu’il emploie. Il humilie, puis rassure, change de sujet. Il épuise sa victime en soufflant le chaud et le froid. S’opère alors insidieusement une perte totale de repères. Déboussolé, le cerveau d’Anna ne traite pas les informations : celles-ci sont bien trop contradictoires.

Isoler pour mieux régner

Damien commence insidieusement par critiquer Magali, la meilleure amie d’Anna. Ce dernier lui explique qu’il a l’impression qu’elle se gâche avec les mauvais projets, les mauvaises personnes. Il la compare sans cesse aux autres, en lui disant qu’elle « vaut mieux que ça ». Le manipulateur lui dit aussi qu’il l’aime trop, que c’est sûrement pour cette raison qu’il la surestime. Une fois de plus, en une seule phrase, il exprime deux informations totalement incompatibles.

Puis, très vite, arrive la jalousie. Même sur son lieu de travail, en plein shooting (Anna est photographe). Il lui dit qu’elle « n’a pas à le laisser de côté lorsqu’elle rit ». Les reproches qu’il lui fait sont de plus en plus absurdes, de moins en moins fondés. Chacun de ses choix, chacune de ses actions, devient source de conflit. Quoi qu’elle fasse, ou dise, il tentera toujours de la réprimander.

L’étau se resserre. Plus le film avance, plus Anna est emmurée. Elle ne veut rien entendre lorsque ses meilleurs amis lui disent qu’elle est méconnaissable, reste dans un effrayant déni. Anna répète ce que Damien lui rabâche à longueur de journée, ne sait plus ce qu’elle pense, car elle ne pense plus par elle-même.

Souffler le chaud et le froid

Son ex mari, le père de son fils, déclare pendant l’enquête : « ça avait l’air compliqué, elle passait d’un état à un autre en permanence. D’une ado de 15 ans surevoltée à une femme de 40 complètement dépressive. Elle appelait ça de la passion. Pour moi, c’était une relation toxique ».

À l’emménagement dans leur nouvelle maison, Anna fond en larmes à côté de ses deux meilleur.e.s ami.e.s. Elle explique ne pas comprendre pourquoi elle pleure, ni ce qui lui arrive, car Damien a tout d’un homme parfait, celui dont tout le monde rêverait. Mais cet homme est capable de lui dire qu’il commence à en avoir marre d’elle, tout en la prenant dans ses bras. Il a en fait décidé pour elle qu’ils emménagent ensemble, en mettant toujours l’argent au premier plan, la rendant inconsciemment dépendante de lui.

Les initiaux « t’es malade » d’Anna sont de moins en moins drôles, sonnent de plus en plus justes. Habile, Damien dit une horreur au milieu de deux compliments, se rattrape toujours juste au bon moment, déstabilise… il l’épuise émotionnellement, lui donne de plus en plus d’ordres, contrôle ses moindres faits et gestes. Et c’est toujours la même conclusion : Anna se retrouve à faire ce qu’elle n’a pas envie de faire. Jusqu’au jour où il ira… jusqu’au viol.

Un jour, elle lui crie d’arrêter, perd de plus en plus pied. On la sent sur un fil. Sa patience lâche peu à peu. Le pervers narcissique se nourrit de la faiblesse de la personne qu’il désarme. En effet : les fois où Anna explose, Damien sourit, la provoque encore, l’imite, se moque d’elle ouvertement. Toujours avec cet odieux rictus aux lèvres. « T’es belle, quand tu pleures ». Énième phrase assassine au compteur.

Un tourbillon de folie

« Tu vas encore faire la gueule, là ? Tu vas chialer ? ». La violence verbale va toujours plus loin. Damien reproche à Anna d’être triste, alors qu’il est le premier responsable de cette tristesse. Un comble qui fonctionne, une fois de plus, puisqu’Anna finit par s’excuser. S’excuser d’être triste… quelle absurdité.

L’art de retourner la situation, en toutes circonstances


Damien a le don de retourner les situations en quelques secondes. Un matin, juste après l’avoir quittée dans la salle de bain, il a le culot de lui dire « T’es toxique, Anna ». Il lui rappelle qu’il paye tout, érige l’argent en preuve d’amour. Pourtant, la seule chose qu’elle voudrait, ce n’est pas cette grande maison, mais qu’il la traite normalement chaque jour.

Lorsqu’elle implose en lui demandant « pourquoi tu me fais ça ? il rétorque : « pourquoi TU me fais ça ? J’ai envie de t’aimer Anna mais là ça devient compliqué vraiment. C’est de pire en pire, tu deviens folle, tu t’en rends compte ou pas du tout ? ». Elle acquiesce. Pourtant, si Anna devient folle, c’est uniquement à cause de lui. Damien ment, aussi. Elle s’en rend vite compte. Il dévie, ne répond pas aux questions, ne s’excuse jamais : c’est toujours sa faute à elle. 

Quand le policier interroge Damien, ce dernier se victimise en pleurant, en citant tout ce qu’Anna lui aurait fait subir. « C’est de l’héroïne Anna. Sans elle, je suis rien. Elle m’a trompé, elle m’a tapé. Elle a essayé de me tuer, mais si ça tenait qu’à moi je serais dans ses bras ». Jusqu’à en faire douter le policier. Un acteur né. Heureusement, l’avocate connaît le schéma, et ne se laisse pas embobiner.

Une démence contagieuse

Plus la toxicité perdure, plus Damien déteint sur Anna. Du moins, plus ses nerfs à elle lâchent. En effet, elle perd toute patience avec son fils, adolescent, qui ne la reconnaît plus, qui lui demande d’ailleurs pourquoi elle lui parle sur ce ton. Elle devient exécrable, se défoule sur lui. Damien parvient donc même à l’éloigner de son propre fils, celui qu’elle aime le plus, et qui l’aime le plus.

Nicole Ferroni, qui joue son avocate spécialisée dans les violences faites aux femmes, tient en fait un rôle de psychologue. Elle lui explique que, « le propre d’un pervers, c’est de plonger sa victime presque en état d’hypnose en jouant sur des injonctions paradoxales ». Tout tient en une métaphore : « Par exemple, si je vous dis que vous êtes grosse en vous donnant un pain au chocolat, votre cerveau ne va pas réussir à traiter cette information ». En continu, de manière répétée, cela va paralyser le psychisme d’une personne, et peut la pousser jusqu’au suicide. Damien arrive à ses fins, puisqu’il parvient à éteindre cette femme pleine d’humour et de répartie au début du film.

Vient alors la question fatidique de l’avocate : « est-ce que vous avez perdu des choses pendant cette relation ? Un travail, des relations, des amis, un logement ? – Des amis, mes amis. Mon appartement, mon boulot… et mon fils, aussi.». Le plus douloureux pour la fin. Le plus dur à admettre, aussi.

D’ailleurs, quand l’avocate lui demande pourquoi elle est là, Anna répond : « parce que je suis devenue folle. – Devenue ? Donc vous ne vous trouviez pas folle avant ? – Je ne sais pas, j’ai jamais vu de psy ». Même avec du recul, le doute semé perdure.

Le téléfilm À la folie : indispensable

La force de cette emprise est à ne jamais minimiser. Lorsque l’avocate lui demande de lui parler de sa relation avec Damien Joly, même après le drame, Anna répond : « c’est l’homme de ma vie, mais je ne sais pas pourquoi c’était toujours très compliqué. Quand ça allait, c’était magique par contre. Je ne savais jamais ce qu’il voulait. Et je crois que je le rendais malheureux ».

Magali, sa meilleure amie, se rappelle, et raconte : « il lui faisait la misère et elle revenait à chaque fois, c’était incompréhensible ». Même le soir où Damien gâche son anniversaire et qu’elle s’apprête à le quitter, Anna retombe une énième fois dans ses filets. Difficile d’expliquer l’inexplicable, même lorsqu’on l’a vécu. La manipulation ne se raconte pas. Malheureusement, elle se subit.

Le générique de fin, la chanson de Pomme « J’suis pas dupe », est choisi à merveille.

« Dans l’ombre de tes yeux
j’ai trouvé les plus beaux mensonges
emmêlés comme des noeuds,
et mon coeur est-ce que t’y songes ?
je suis pas dupe
et même les fleurs de ma jupe
s’envolent haut
quand tu craches tes mots
et tant pis pour l’amour
remballe tout et puis vas-t’en
tu reviendras un jour
dans deux mois ou dans mille ans »

Des mots qui résument tout. En quelques notes. À (re)voir actuellement sur RTL Play

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